La théorie Yin-Yang du mouvement et de l'immobilité dans le taïchi-chuan
Un document ancien dit: « Le summum du mouvement est l'immobilité, le summum de l'immobilité est le mouvement. Bouger c'est générer l'immobilité, et être immobile génère le mouvement. Dès lors, si vous utilisez l'immobilité comme mouvement, vos mouvements seront chaque jour plus forts. Si vous utilisez le mouvement comme mouvement, vos mouvements s'affaibliront chaque jour. Si vous utilisez le mouvement pour conduire l'immobilité, elle est calme et longue. Si vous utilisez l'immobilité pour conduire le mouvement, il est vigoureux et fort ».
Lorsque le corps est calme et immobile, l'esprit peut être clair et concentré. Lorsque l'esprit est concentré, le Qi emmené peut être abondant et par conséquent, la puissance physique manifestée (Jin) être forte. Lorsque vous êtes actif et en mouvement, l'esprit est excité et plus difficile à focaliser. Naturellement, la force manifestée dans de telles conditions ne peut qu'être faible. C'est pour cela qu'il est dit que si vous pouvez utiliser l'immobilité pour conduire le mouvement, alors vos actions peuvent être vigoureuses et fortes.
Plus encore, si vous savez comment bouger calmement et lentement, alors vous serez à même de maintenir votre esprit calme et en paix. Lorsque cela se produit, le calme de votre esprit peut durer longtemps. A l'inverse, si vous ne cessez de bouger de manière rapide, la concentration de votre esprit ne peut être que superficielle, le Qi emmené s'en trouve affaibli et, naturellement, la puissance que vous manifestez ne peut être que faible. L'objectif du taïchi-chuan est de maintenir un esprit calme et concentré au coeur du mouvement. C'est pour cela que le taïchi-chuan est encore parfois appelé « méditation en mouvement ». Plus vous pratiquerez, plus vous pourrez vous concentrer. Ainsi, l'esprit devient plus calme et de ce fait, les mouvements deviennent de plus en plus forts et puissants.
Le Yin est le commencement du Yang, et le Yang est le début du Yin. Lorsque le Yin atteint son extrémité, il devient Yang et, lorsque le Yang atteint son extrémité, il se transforme en Yin. C'est là la règle du Tao céleste (la voie de la nature). Dans la théorie du taïchi-chuan, le calme est Yin et le mouvement est Yang. Au sein du calme il y a un mouvement caché et au sein du mouvement il y a un calme. Qu'est-ce que le calme? Il est Yin, il est Yi et il est interne. Qu'est-ce que le mouvement? Il est Yang, il a une forme et il est externe. Lorsque le taïchi-chuan est utilisé pour application (manifestation de la puissance), le stockage est Yin. Lorsque le stockage atteint ses limites, il devient Yang. Emettre est Yang. Lorsque le Yang atteint ses limites, le stockage commence. Aller et venir, ils s'appliquent mutuellement l'un à l'autre.

yin-yang_01Traduction Texte original (TTO). Un document ancien dit: « Le summum du mouvement est l'immobilité, le summum de l'immobilité est le mouvement. Bouger c'est générer l'immobilité, et être immobile génère le mouvement. Dès lors, si vous utilisez l'immobilité comme mouvement, vos mouvements seront chaque jour plus forts. Si vous utilisez le mouvement comme mouvement, vos mouvements s'affaibliront chaque jour. Si vous utilisez le mouvement pour conduire l'immobilité, elle est calme et longue. Si vous utilisez l'immobilité pour conduire le mouvement, il est vigoureux et fort ».

Commentaire (C). Lorsque le corps est calme et immobile, l'esprit peut être clair et concentré. Lorsque l'esprit est concentré, le Qi emmené peut être abondant et par conséquent, la puissance physique manifestée (Jin) être forte. Lorsque vous êtes actif et en mouvement, l'esprit est excité et plus difficile à focaliser. Naturellement, la force manifestée dans de telles conditions ne peut qu'être faible. C'est pour cela qu'il est dit que si vous pouvez utiliser l'immobilité pour conduire le mouvement, alors vos actions peuvent être vigoureuses et fortes.Plus encore, si vous savez comment bouger calmement et lentement, alors vous serez à même de maintenir votre esprit calme et en paix. Lorsque cela se produit, le calme de votre esprit peut durer longtemps. A l'inverse, si vous ne cessez de bouger de manière rapide, la concentration de votre esprit ne peut être que superficielle, le Qi emmené s'en trouve affaibli et, naturellement, la puissance que vous manifestez ne peut être que faible. L'objectif du taïchi-chuan est de maintenir un esprit calme et concentré au coeur du mouvement. C'est pour cela que le taïchi-chuan est encore parfois appelé « méditation en mouvement ». Plus vous pratiquerez, plus vous pourrez vous concentrer. Ainsi, l'esprit devient plus calme et de ce fait, les mouvements deviennent de plus en plus forts et puissants.

TTO. Le Yin est le commencement du Yang, et le Yang est le début du Yin. Lorsque le Yin atteint son extrémité, il devient Yang et, lorsque le Yang atteint son extrémité, il se transforme en Yin. C'est là la règle du Tao céleste (la voie de la nature). Dans la théorie du taïchi-chuan, le calme est Yin et le mouvement est Yang. Au sein du calme il y a un mouvement caché et au sein du mouvement il y a un calme. Qu'est-ce que le calme? Il est Yin, il est Yi et il est interne. Qu'est-ce que le mouvement? Il est Yang, il a une forme et il est externe. Lorsque le taïchi-chuan est utilisé pour application (manifestation de la puissance), le stockage est Yin. Lorsque le stockage atteint ses limites, il devient Yang. Emettre est Yang. Lorsque le Yang atteint ses limites, le stockage commence. Aller et venir, ils s'appliquent mutuellement l'un à l'autre.

C. Lorsque le Yin a atteint son extrémité, il devient Yang, et lorsque le Yang atteint ses limites, il se transforme en Yin. C'est là la loi naturelle du Tao. Cette théorie peut aussi être appliquée à la pratique du taïchi-chuan. Ainsi, pour générer du Yang il faut d'abord avoir du Yin et, lorsque le Yang a été manifesté, le Yin doit recommencer à nouveau. Pour le taïchi-chuan, le Yin est interne et lié au Qi et au Yi, alors que le Yang lui, est externe, et qu'il est la manifestation du Yin. Lorsque cette règle est apposée aux applications du taïchi-chuan, le Yin représente le stockage, alors que le Yang est la manifestation de la puissance et l'exécution des techniques. Yin et Yang se génèrent mutuellement et se supportent l'un l'autre.

TTO. Mais rappelez-vous bien qu'il y a un Yang caché dans le Yin et qu'un Yin (dissimulé) réside dans le Yang. Yin n'est pas complètement Yin et Yang n'est pas complètement Yang. Par conséquent, Yin et Yang peuvent être mutuellement interchangés, régulez l'un et l'autre de manière appropriée, et le Jin et les capacités peuvent être vivants. Si Yin est complètement Yin, le Jin est stagnant et raide. Si Yang est complètement Yang, alors le Jin manifesté est difficile à ramener.

C. Pour échanger habilement et souplement Yin et Yang, vous ne devriez pas permettre à vos Yin et Yang d'atteindre leurs extrémités maximales. Lorsque cela est le cas, alors les échanges deviennent stagnants. Par contre, si vous maintenez toujours un peu de Yin dans le Yang et vice et versa, l'échange peut être souple, confortable et naturel. C'est pour cela du reste que dans le symbole Yin-Yang du taïchi, il y a un peu de Yang caché dans le Yin et un peu de Yin caché dans le Yang. Il en va de même pour le taïchi-chuan. L'insubstantiel et le substantiel devraient pouvoir s'échanger l'un l'autre de manière souple, et naturelle, de sorte que la manifestation du Jin puisse être vivante.

TTO. Qu'est le taïchi (dans le taïchi-chuan)? Il est Yi (esprit de sagesse). Cela veut dire que la vertu naturelle originelle du taïchi-chuan est Yin et calme. Elle recherche le mouvement dans le calme. C'est grâce au confinement (stockage) du Yin que le Yang peut être émis. Le calme est utilisé comme fondation, et le mouvement est utilisé pour les applications. Utilisez la défense en tant que manoeuvre première, et utilisez l'offensive comme tactique secondaire. Cherchez l'attaque dans la défense, attendez l'opportunité avantageuse et puis émettez. Le calme est pour stocker, et le mouvement pour émettre. Si vous êtes capable de comprendre la théorie du calme, alors vous pourrez comprendre les applications du Jin (puissance martiale). Grâce au calme, l'esprit est caché dans le Yi, le chi est stocké dans la moelle des os, et le Jin externe est caché dans les postures. Grâce au Jin de la compréhension, l'opportunité avantageuse peut être perçue, et le Jin peut être émis. Lorsque le calme est profond, le Jin émis peut être fort et, lorsque le calme est superficiel, le Jin émis est faible. Théoriquement, cela n'est pas différent de l'action de bander un arc pour stocker le Jin.

C. Nous savons déjà que dans le taïchi-chuan, le taïchi est le Yi (l'esprit de sagesse). Yi est interne et appartient donc à l'aspect Yin du taïchi-chuan. Dès lors, il est calme et paisible. Grâce à ce calme, le Yi peut être hautement concentré et son stockage, profond. Lorsque le Yi est profond, les sensations sont précises et affinées. Vous devriez toujours garder en tête que la sensation est le langage de l'esprit mais aussi, le moyen de communication du corps. Ainsi, les sensations profondes et précises peuvent vous permettre de manifester votre esprit de manière précise et rapide. Partant de là, vous pouvez constater que le Yin (le Yi) est le fondement des manifestations Yang du taïchi-chuan. Le taïchi-chuan est un art martial défensif et se sert donc de la défense comme moyen d'attaque. Dès lors, l'attente d'une opportunité permettant de s'Attacher, de se Connecter, d'Adhérer, d'Écouter et de Suivre, permet aux techniques de pouvoir être correctement exécutées, et à la force de s'exprimer pleinement. Lorsque cela se produit, vous êtes alors à même de connaître votre ennemi sans que lui ne puisse vous connaître. C'est là le stade du Jin de la compréhension. Le processus de stockage du taïchi-chuan est similaire à celui que l'on met en oeuvre pour emmagasiner la puissance d'un arc en le bandant. En effet, si vous êtes calme et concentré, le Jin peut alors être stocké à des niveaux plus avancés d'efficacité. Ainsi, lorsque ce Jin est manifesté, son exécution peut être précise et sa puissance particulièrement élevée.

Résumé

YIN YANG
Yi, esprit de sagesse Jin (force martiale)*
Immobilité Mouvement
Lenteur Rapidité
Concentration Eparpillement,
Ecoute, accueil Emission
Inspiration Expiration
Calme Action, excitation

* Combinaison du Qi et du Li (force musculaire)

Principes

laozi

Personne ne devrait apprendre le taïchi-chuan sans savoir que la théorie de l'utilisation du souple pour défaire le dur prend son origine dans le Dao De Jing (Tao Té King, Livre de la Voie et de la Vertu).

Lao Zi, chapitre 78, dit: « Rien n'est plus doux et plus faible que l'eau. Pourtant, ce qui est fort et dur ne peut pas la vaincre. La raison est que rien ne peut la remplacer. La théorie selon laquelle le faible est à même de vaincre le dur et que le souple peut triompher du dur, est bien connue des gens entre le ciel et la terre, pourtant personne n'est capable de l'appliquer ».

A nouveau, Lao Zi, chapitre 43, dit: « Que le plus souple (doux) dans le ciel et sur la terre est capable de percer à travers le dur. Le néant est capable de pénétrer la matière sans le moindre interstice. Dès lors, je sais le bienfait qu'il y a à ne rien faire ».

Partant de là, nous pouvons voir que lorsque c'est souple, alors c'est onctueux, capable de plier, d'être délicat, et de varier. Lorsque le Yi (esprit de sagesse) est souple, le Qi est souple et onctueux. Lorsque le Qi est souple et onctueux, il n'est pas d'endroit qui ne puisse être atteint.

Dès lors, Lao Zi, chapitre 10, dit: « Lorsque nous tendons vers la souplesse du Qi, sommes-nous capables d'être comme un bébé? ». Cela met l'accent sur la souplesse du Yi et du Qi comme ceux d'un bébé, pour nous permettre d'atteindre le Tao de la longévité.

Lorsque cette théorie est appliquée au taïchi-chuan, alors nous sommes capables d'écouter sentir, de comprendre, de s'attacher, d'adhérer, de suivre, de se connecter, et dès lors, d'être vivants. D'où les propos du chapitre 76 de Lao Zi : « Lorsqu'un humain naît, il est doux et souple et, lorsqu'il meurt, il devient dur (raide).

Lorsqu'une plante vient juste de germer, elle est souple et fragile et, lorsqu'elle meurt, elle est sèche et émaciée. Ainsi, ceux qui sont forts et durs appartiennent à la catégorie de la mort, et ceux qui sont souples et faibles sont classés dans la catégorie du vivant. De ce fait, ceux qui possèdent de forts soldats mourront, et le bois qui est fort se cassera. Les plus forts finiront dans les endroits les plus bas et ceux qui sont souples et faibles seront placés en position élevée.

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Si vous êtes capable d'être souple et doux, alors le Xin (l'esprit émotionnel) est calme et le Yi est fort. Lorsque le Xin est calme, alors le corps peut être détendu. Si le corps peut être détendu, alors le Qi peut circuler harmonieusement. Lorsque le Qi peut circuler harmonieusement, alors il y a de la vie.

Lorsque le Qi devient stagnant, alors on peut devenir malade et mourir. La théorie du taïchi-chuan assume que la condition préalable selon laquelle le Xin doit être calme et le corps doit être souple et détendu est respectée. Alors, on peut utiliser le Yi pour transporter le Qi jusqu'à ce qu'il soit capable de circuler partout dans le corps.

L'ancêtre du taïchi-chuan Wu Yu-Xiang a dit: « Transporter le Qi comme au travers d'une perle percée d'un « trou en forme de neuf », pas le plus petit endroit qui ne puisse être atteint ».

A partir d'une circulation abondante du Qi, le Jin (puissance martiale résultant de la combinaison de la force musculaire [Li] et du Qi) manifesté par le corps physique peut atteindre son maximum, et être capable d'être souple et dur. Lorsqu'il est dur, il est comme de l'acier affiné cent fois, aucune forte opposition ne peut résister à la destruction.

Lorsqu'il est souple, il est souple comme un fouet souple et le Jin peut être dirigé à souhait. Capable d'attaquer et capable de défendre. Capable de vriller et capable de neutraliser. Utilisez l'esprit pour gouverner le Qi et manifester le Jin, et permettez au dur et au souple de se supporter mutuellement. C'est là le Tao du taïchi-chuan.

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Principes

penseeLa pensée (Yi) réside à la rate et correspond à notre capacité de penser, étudier, nous concentrer et mémoriser. Bien que la pensée réside à la rate, le Cœur exerce également une influence sur la pensée et la mémoire,(...).

On dit que la rate est la résidence de la pensée, ce qui revient à dire que la rate influence notre capacité à penser, à étudier, à nous concentrer, à fixer notre attention et à mémoriser.

Si le Qi de la rate est vigoureux, notre pensée est claire et nous sommes capables de nous concentrer et de mémoriser facilement. Si le Qi de la rate est faible, la pensée est lente, la concentration relâchée, la mémoire défaillante. Inversement, trop étudier, trop travailler intellectuellement, ou devoir se concentrer de façon continue et prolongée peut affaiblir la rate.

La rate, le Cœur et le rein exercent tous une influence sur la pensée et la mémoire, sous des formes différentes. La rate influence notre capacité de penser prise au sens de l'étude, de la concentration et de la mémorisation nécessitées par le travail intellectuel ou les études. Le Cœur abrite l'esprit et influence notre pensée dans la mesure où il nous permet d'avoir une pensée claire lorsque nous devons affronter les problèmes de la vie. Il a également une influence sur la mémoire à long terme d'événements passés. Le rein nourrit le cerveau et influence notre mémoire immédiate, dans la vie quotidienne. Par exemple, au cours de la vieillesse, on note une diminution de l'essence du rein qui ne suffit plus à nourrir le cerveau. C'est pour cette raison que bon nombre de personnes âgées oublient souvent les événements récents (ce qui est dû à la faiblesse du rein), mais se souviennent d'événements très anciens (grâce à l'influence du Cœur). De la même façon, certaines personnes peuvent jouir d'une mémoire excellente dans leur travail ou leurs études (grâce à l'influence de la rate) et avoir une très mauvaise mémoire dans la vie de tous les jours (qui dépend du Rein).

Ainsi donc, alors que le Shen qui réside au Cœur correspond à l'esprit, le Shen qui renvoie à l'ensemble des aspects mentaux et spirituels de l'être humain correspond plus précisément à toute la "vie spirituelle".

Dans certains cas, le mot Shen est utilisé dans les classiques de la médecine chinoise pour évoquer l'aspect extérieur de quelque chose. Par exemple, le Shen du visage indique sa vitalité apparente. On dit qu'une langue a de "l'éclat" (Shen) lorsqu'elle paraît en bonne santé, qu'elle est brillante et resplendissante.

Avant de terminer ce paragraphe consacré à la relation entre le Cœur et l'esprit, il faut mentionner une autre interprétation qui a vu le jour pendant la période historique du développement de la médecine chinoise.

Dès l'époque de la dynastie des Ming (1368-1644), un petit nombre de médecins attribuaient l'intelligence et la mémoire au cerveau et non au Cœur, comme dans la médecine traditionnelle chinoise. Li Shi Zhen (1518-1593), phytothérapeute renommé de la dynastie des Ming, disait: "Le cerveau est la résidence de l'Esprit Originel".

Wang Qing Ren, au début de la dynastie des Qing (1644-1911), s'est longuement expliqué sur le rôle du cerveau dans l'intelligence et la mémoire. Il pensait que l'intelligence et la mémoire étaient des fonctions qui dépendaient du cerveau plutôt que du Cœur. Il disait: "L'intelligence et la mémoire résident au cerveau.
La nourriture produit le Qi et le sang ... L'essence pure est transformée en moelle, elle monte le long de la colonne vertébrale, va jusqu'au cerveau et devient la moelle du cerveau, ou mer des moelles".
Ainsi, selon ces citations, à partir de la dynastie des Ming, une nouvelle théorie médicale s'est élaborée parallèlement à la théorie traditionnelle, théorie dans laquelle les fonctions intellectuelles étaient attribuées au cerveau plutôt qu'au Cœur. Il est intéressant de noter que cette nouvelle théorie a vu le jour avant l'introduction en Chine de la médecine occidentale.

Principes

yang-cheng-fu-tirerDictés par Yang Cheng Fu, Écrits par Chen Weiming

1 - Etre vide et agile et maintenir l’énergie au sinciput.

Maintenir l’énergie au sinciput, c’est tenir la tête bien droite, de sorte que l’énergie spirituelle soit reliée au sinciput. (Ndlr: les sages chinois disent " élever le Shen ", l'esprit). N’employer pas la force musculaire, qui raidirait le cou et gênerait la circulation du sang et du souffle. Que votre esprit soit spontané et agile, car sans l’agilité et le maintien de l’énergie au sinciput, la force vitale ne peut être mise en branle.


2 - Rentrer légèrement la poitrine et étirer le dos

Rentrer la poitrine consiste à la retenir légèrement vers l’intérieur, pour que le souffle descende se concentrer dans le champ de cinabre. Abstenez-vous de bomber le torse, sinon le souffle étant comprimé au niveau de la poitrine, la partie supérieure du corps sera lourde, la partie inférieure légère, et les pieds auront tendance à flotter. Étirer le dos consiste à faire adhérer le souffle au dos. La rentrée de la poitrine entraîne naturellement un étirement du dos, ce qui permet d’émettre la force à partir de l’axe spinal et d’être alors sans rival.


3 - Relâcher la taille

La taille est le maître de tout le corps. Les pieds n’ont de la force et le bassin de l’assise que si l’on est capable de relâcher la taille. Les passages du " plein " au " vide " s’effectuent à partir de mouvements tournants de la taille. C’est pourquoi l’on dit : " La source du commandement est à la taille ". Le manque de force provient de la taille et des jambes.


4 - Distinguer le " plein " et le " vide "

Dans l’art du Taichi Chuan, le premier principe est de distinguer le " plein " (substantiel) et le " vide " (insubstantiel) .Si tout le corps est appuyé sur la jambe droite, on dit que la jambe droite est " pleine ", la jambe gauche " vide " et vice versa. Les mouvements tournants ne sont effectués avec légèreté, agilité et sans le moindre effort que si l’on sait distinguer le " plein " et le " vide " ; sinon, les déplacements sont lourds et gauches, le corps manque de stabilité et l’on est aisément déséquilibré par l’adversaire qui vous attire.


5 - Baisser les épaules et laisser tomber les coudes

Baisser les épaules consiste à les relâcher et les laisser tomber ; si l’on ne peut les relâcher et les laisser tomber, elles sont haussées, ce qui entraîne une remontée du souffle et par conséquent un manque de force dans tout le corps.
Laisser tomber les coudes le long du corps consiste à les relâcher. S’ils sont levés, les épaules ne peuvent être abaissées, et l’on ne peut repousser très loin l’adversaire. La technique utilisée se rapproche alors de celle de l’école exotérique employant une force intérieure (jing) discontinue.


6 - Employer la pensée créatrice et non la force musculaire

Il est dit dans le Traité sur le Taichi Chuan : " Tout réside dans l’emploi de la pensée au lieu de la force ". Pendant la pratique du Taichi Chuan, tout le corps est détendu, de sorte que pas la moindre énergie grossière ne subsiste et ne stagne entre les os, les muscles ou les veines, vous ligotant ainsi vous-même. C’est alors seulement que l’on peut effectuer les passages d’un mouvement à l’autre avec légèreté et facilité, et exécuter les mouvements tournants avec naturel. Certains doutent qu’il soit possible d’avoir une force durable sans l’emploi de la force musculaire, mais le corps humain possède des canaux de circulation du souffle, de même que la terre a ses rigoles. Si les rigoles ne sont pas obstruées, l’eau coule ; si les veines ne sont pas bouchées, le souffle circule. Lorsqu’une énergie raide emplit ces canaux, le sang et le souffle sont gênés, les mouvements tournants manquent d’agilité et il suffit de tirer un cheveu pour que tout le corps suive. Si au lieu de la force musculaire on emploie la pensée créatrice, là où la pensée parvient, le souffle parvient. De la sorte, le sang et le souffle circulent continuellement dans le corps sans s’arrêter un seul instant. Grâce à un long entraînement, l’on acquiert la véritable énergie intérieure, et comme il est dit dans le Traité sur le Taichi Chuan : " La souplesse et la flexibilité extrêmes produisent la résistance et la rigidité extrêmes ". Ceux qui sont familiarisés avec la technique du Taichi Chuan et la maîtrisent, ont les bras semblables à du fer entouré de coton, la force y est enfouie profondément, tandis que les disciples de l’école exotérique manifestent la force musculaire dans l’action et semblent flotter dans l’inaction. Cela prouve que leur force musculaire n’est qu’une énergie superficielle.

Quand on emploie la force musculaire à la place de la pensée créatrice, l’adversaire peut très facilement vous inciter à vous mouvoir, cela ne mérite pas notre estime.

7 - Relier le haut et le bas

Relier le haut et le bas, c’est se conformer à ce principe énoncé dans le Traité sur le Taichi Chuan : " L’énergie prend racine dans les pieds, se développe dans les jambes, est commandée par la taille et se manifeste dans les doigts. Des pieds, aux jambes, à la taille, il faut une unité parfaite ". Tout mouvement des mains va avec un mouvement de la taille ; quand les pieds se meuvent, l’énergie spirituelle des yeux (le regard, porte de l'esprit) se meut en même temps et les suit ; dans ce cas, l’on peut dire que le haut et le bas sont reliés ; mais si une seule partie du corps ne se meut pas avec le reste, il y a désordre et dislocation.


8 - Unir l’intérieur et l’extérieur

Le travail du Taichi Chuan est un travail de l’énergie spirituelle. C’est pourquoi l’on dit : " L’énergie spirituelle est le maître, le corps le valet. " Si l’on peut mettre en branle la force vitale, les mouvements sont spontanés, légers et agiles. L’enchaînement des mouvements suit les principes (d’alternance) de " plein " et de " vide ", d’ouverture et de fermeture. Quand on parle d’ouverture, il ne s’agit pas uniquement d’ouverture des pieds et des mains, mais aussi de l’ouverture de la pensée et de l’esprit. De même, la fermeture n’est pas seulement une fermeture des pieds et des mains, mais aussi de la pensée et de l’esprit. Si l’intérieur et l’extérieur peuvent être unis en un seul souffle, tout est parfait.


9 - Lier les mouvements sans interruption

Dans les arts de combat de l’école exotérique (Ndlr: arts externes), l’énergie employée est l’énergie grossière du " ciel postérieur ". Il y a donc des départs, des arrêts, des enchaînements, des interruptions. C’est au moment précis où l’ancienne force arrive à sa fin et où la nouvelle n’est pas encore née que l’on peut le plus aisément être vaincu. Comme, dans le Taichi Chuan, l’on utilise la pensée et non la force musculaire, tout est lié sans interruption du début à la fin ; quand une révolution est terminée, une autre commence, le mouvement circulaire se déroule à l’infini. Il est dit dans le Traité originel : " La longue boxe est semblable aux flots d’un long fleuve ou de la mer, qui se meuvent continuellement et sans fin ". Ou encore : " Faites se mouvoir l’énergie comme un fil de soie (Ndlr :  en chinois Chan Si Gong) que l’on dévide d’un cocon. " Toutes ces comparaisons suggèrent que tout est relié par un seul souffle.


10 - Rechercher le calme au sein du mouvement

Dans les arts martiaux de l’école exotérique, la capacité de sauter est considérée comme très importante, et l’on y utilise jusqu’à épuisement la force musculaire et le souffle. C’est pourquoi, après s’être exercé, le boxeur est toujours haletant. Dans le Taichi Chuan, on dirige le mouvement par le calme ; bien que mouvant, l’exécutant reste calme ; c’est pourquoi il est préférable d’exécuter l’enchaînement des mouvements le plus lentement possible. Grâce à la lenteur, la respiration devient longue et profonde, le souffle est concentré dans le champ de cinabre, et le pratiquant n’a naturellement pas les artères battantes. Les adeptes doivent s’appliquer à comprendre cela, mais peu y arrivent.

Principes

De tous les concepts de l’enseignement traditionnel, celui qui m’apparaît le mieux traduire l’attitude juste que l’on doit adopter, entre l’effort et le non-effort, est le wu-wei.

Ce concept recouvre à la fois l’attitude permettant d’accéder au secret et, d’une certaine façon, le secret lui-même. On traduit souvent wu-wei par " non-agir ", " non-effort " : de wu, "ne... pas", et wei "acte, effort, faire, accomplir". Mais cette traduction porte à confusion, car elle suggère, en effet, l’idée de passivité et d’inactivité. Or, le taoïsme invite au contraire à s’engager sur la Voie, le Tao (ou Dao). Il invite à l’action mais à l’action parfaite, c’est-à-dire menée en accord avec le dynamisme de la nature – du Tao.

La nature, c’est aussi, selon les écoles, l’Intelligence universelle, la Conscience cosmique. (C’est dans ce sens que l’on doit comprendre l’invitation de Marc Aurèle à "vivre selon la nature".)

Le wu-wei est le principe d’action du sage qui agit en harmonie avec le Tao, à l’extérieur comme à l’intérieur. Selon John Blofeld, il s’agit de " [...] ne pas aller au-delà de l’action spontanée qui est adaptée aux besoins tels qu’ils se présentent, de ne pas s’engager dans des actions savamment calculées et de ne pas agir avec l’intention de dépasser le strict minimum nécessaire pour obtenir les résultats voulus. "

On retrouve ici la loi d’économie dont je parle dans mon commentaire du principe neuf de Musashi. En d’autres termes, il faut agir à bon escient et sans tension, trouver l’attitude juste devant les événements, les circonstances, les conditions, afin de maintenir l’état d’ataraxie, la tranquillité d’âme, l’équanimité.

C’est dans l’équilibre entre le savoir-faire et dans le savoir-être que se trouve le secret.
Le wu-wei se rattache au concept de la vision juste et de tout ce qui en découle en pratique, particulièrement l’attitude juste qui fait que, si nous écoutons la voix intérieure, nous agissons spontanément, correctement, efficacement, naturellement " [...] sans même penser à ce que nous allons faire ", ajoute Blofeld, " tout comme les branches se tournent vers le soleil ". 

Le wu-wei suppose, par ailleurs, que l’on n’entretienne pas l’illusion d’agir par soi-même, mais plutôt que l’on développe le sentiment d’être un canal par lequel agit le Tao. Un canal conscient. C’est aussi le sens que suggère le Yi King – livre de divination et de sagesse, hérité de la tradition chinoise – dans lequel on trouve que:

" [...] l’homme parvient à l’éternité en ce qu’il ne veut pas tout faire de lui-même en se glorifiant de ses propres forces, mais s’ouvre paisiblement et à chaque instant aux impulsions émanant des profondeurs des forces créatrices. "

Parvenir à l’éternité, c’est vivre avec la conscience de l’éternité. Dans la tradition taoïste, l’éternité est considérée comme un état d’esprit. (Il en va de même du nirvâna dans la tradition bouddhiste.) L’éternité ne peut pas se trouver dans l’avenir pas plus qu’elle ne se trouve dans le passé. Le temps comme nous l’entendons, comme nous le percevons, n’existe qu’au plan matériel. L’éternité pourtant s’y trouve aussi mais voilée par le temps. Elle est dans l’instant présent, ici et maintenant. Dans l’état d’esprit de celui qui vit l’instant présent, ici et maintenant.

Le wu-wei consiste donc à être – pour revenir au Yi King – " intérieurement disponible ", "abandonné à la volonté céleste". Dans la tradition taoïste, la "volonté céleste" se trouve dans la direction de la nature, du cosmos, du Tao. Elle procède de la dynamique supérieure. Comme la nature, la " volonté céleste " est partout, elle est l’Intelligence universelle: en devenir à l’extérieur et immobile à l’intérieur de chacun. À l’extérieur, elle se manifeste par les événements, les circonstances, les conditions de la vie – auxquels il faut s’adapter. Car il faut être comme l’eau, qui épouse les méandres de la rivière, qui subit toutes les transformations – non pas de sa nature profonde qui est d’être eau, mais celles que lui imposent les méandres que sont les événements, les circonstances, les conditions – avant de se fondre dans l’océan d’où elle est issue. Et à l’intérieur, la volonté céleste se manifeste par l’intuition, mais encore faut-il ici être réceptif à son message. (D’où la formule qu’aimait rappeler Joseph Campbell : " Follow your bliss... Go with it! ")

L’abandon à la volonté céleste se trouve dans " l’attitude parfaite de celui qui a renoncé à sa volonté propre et qui s’en remet à la volonté du ciel ". Sa volonté propre est celle du moi; la volonté du ciel, celle du moi impersonnel et universel, que révèle l’intuition: la volonté du Soi.

" [...] et maintenant, tout tombe en place. " Toutes les choses de la vie. Aussi bien les êtres rencontrés que les événements, les circonstances, les conditions. Autrement dit, tout arrive à point, en son temps. Naturellement. Entre devenir et être.

À l’extérieur comme à l’intérieur.

Ou encore : la roue tourne mais le centre est immobile. Tourner consciemment avec la roue qui tourne. Avec le Tao qui devient. Et demeurer immobile avec le Centre. Avec le Tao qui Est.

J’aurais pu aborder la question sous bien des angles. J’ai choisi celui qui m’est venu spontanément. Toutes les voies mènent éventuellement au Centre. Le secret de toutes les voies est le même. Elles ont d’ailleurs beaucoup en commun quant aux moyens de le découvrir. Tout d’abord, quelle que soit la voie que je choisisse, je suis le même. Le matériau sur lequel je dois travailler est le même. Par ailleurs, toutes les voies passent par le quotidien: pour chacun, il y a les événements de sa vie, les circonstances, les conditions, qui correspondent à ses besoins particuliers de développement, de croissance. Quelle que soit la voie que je choisisse, je devrai progresser dans la dualité, l’ambivalence, parfois même la contradiction. Je devrai progresser en avançant sur le fil d’un rasoir, en équilibre instable entre les opposés, ni trop ni trop peu, entre l’effort et le non-effort.

Auteur: Jacques Languirand (Montréal)
Source: radio-canada.ca

C'est ce concept-là que nous essayons de mettre en application dans les mouvements du Taichi Chuan, du Qi Gong et du Daoyin (Gym. taoïste)... En s'exerçant au lâcher-prise total "l'ego se tait", l'énergie se manifeste de plus en plus naturellement dans sa spontanéité... Puis, arrive le moment où les gestes suivent les mouvements de l'énergie à l'intérieur de nous-mêmes. C'est à partir de ce moment que le wu-wei, l'agir dans le non-agir, commence.... Smile

Principes

Citation

"La pensée se manifeste par une parole, la parole se traduit par un acte, l'acte devient une habitude, et l'habitude se solidifie en caractère.
Alors, observe avec soin la pensée et ses méandres. Et laisse-la jaillir en Amour! Né du souci de tous les êtres, de même que l'ombre suit le corps: tel on pense, tel on devient."
Bouddha Sakyamouni

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