Bien avant que le terme Qi Gong soit employé, les taoïstes pratiquaient déjà de nombreux exercices pour, d'une part entretenir leur santé, et d'autre part, accéder à l'immortalité; entendez par là, vivre le plus longtemps possible pour atteindre la réalisation spirituelle.

Observez les règles de la nature en toute chose, sans frustration, sans paresse et sans arrogance.

Les textes et gravures antiques indiquent qu'il existait avant la venue de Bodhidharma1 un entraînement corporel basé sur le Qi Gong, ou travail de l'énergie, et le Nei Gong, ou alchimie interne. Le Qi Gong consiste en une série de mouvements harmonieux effectués en coordination avec la respiration abdominale. Il permet une amélioration du tonus, une meilleure circulation du sang, un état de sérénité, un meilleur sommeil et une plus forte résistance aux maladies. L'autre forme appelée Nei Gong se propose de faire accéder l'homme à l'immortalité. Celle-ci ne doit pas se comprendre littéralement au sens physique, comme le souligne l'orientaliste John Blofeld ; mais dans le sens d'une prolongation de la vie au maximum afin de réussir la réalisation spirituelle. Les méthodes consistent en rétention du souffle, en visualisations « sensorielles » de circuits d'énergie, etc.

Xian, l'immortel dans la montagne
L'idéogramme chinois Xian comprend deux signes différents. Celui de gauche décrit l'être humain et celui de droite la montagne. L'association de ces deux symboles représente " l'homme de la montagne ", le sage distant des rumeurs du monde et présent par la profondeur de sa méditation. Déjà dans le texte magistral du philosophe taoïste Zhuang Zi, huit siècles avt J.-C., le caractère désignant l'immortalité était employé: Très loin, au-delà des montagnes, vit un immortel à la peau lumineuse et pure comme la glace; il rayonne de grâce naturelle comme un adolescent. Il s'abstient de consommer les cinq céréales, mais inhale les vents et se désaltère de la rosée du matin... La plupart des anciens textes taoïstes décrivent plusieurs types d'immortalités: physique, spirituelle, grande longévité, acquisition de fonctions paranormales, etc. Xian est le symbole éloquent de la recherche d'un équilibre physique et psychique dont la médecine traditionnelle chinoise ne représente qu'une facette sophistiquée d'un système antique d'hygiène vitale riche et profond.

Le Tao de la Longue Vie
Pour les taoïstes, l'état de maladie est dû à une diminution de la bonne circulation des énergies qui soutiennent la vie. Ce déséquilibre profond entre les deux polarités universelles Yin et Yang était inacceptable pour un sage tenté par la perfection. La maladie et la mort sont considérées comme un état Yin. Elles sont la manifestation des caractéristiques de type Yin comme la passivité, la diminution du potentiel énergétique, l'humidité, le froid, l'obscurité. A l'inverse la vitalité, état Yang, manifeste les qualités suivantes : activité, expansion, chaleur et luminosité. D'une façon plus précise, le corps dans sa matérialité (cellules, chair, os, etc.) représente le côté Yin de l'être humain, tandis que son énergie et ses capacités mentales en sont la face Yang. L'art de la Longue Vie consiste donc à maintenir ces deux forces en contact étroit, le plus longtemps possible. Ainsi dès l'Antiquité, les taoïstes développèrent un ensemble de méthodes et de pratiques permettant de " nourrir la vie ": Yang Sheng, et d'éviter la maladie, principale cause de décès. La manière de prévenir cette dernière est  appelée la " voie de la vie " : Shen Dao.
Ainsi dès la rédaction du Dao De Jing2 de Lao Zi, et surtout de la « bible » des acupuncteurs, le Nei Jing (722 avt J-C.), les grandes lignes sur la façon de prolonger la vie sont déjà clairement conseillées : nourritures adéquates pour le corps, le psychisme et les émotions; adaptation aux rythmes journaliers, saisonniers et climatiques. Nous retrouvons ici de grandes idées qui seront reprises par les thérapeutes modernes: éviter les stress, conserver sa bonne humeur, respecter les grands rythmes biologiques (biorythmes). Dans le Nei Jing, l'Empereur Jaune Huang Di, s'adressant au " professeur céleste ", lui demande: J'ai entendu dire que les peuples des anciens temps arrivaient à vivre jusqu'à cent vingt ans sans présenter de signes de faiblesse dans leurs mouvements, alors que de nos jours les gens se sentent fatigués avant d'avoir atteint soixante ans. Cela est-il dû aux changements de l'environnement naturel ou aux fautes de l'homme? Qibo lui répondit: Les anciens, connaissant la juste façon de vivre, avaient suivi le modèle du Yin et du Yang, qui est celui du ciel et de la terre, et ils restaient en harmonie avec les symboles numériques qui sont les grands principes de la vie humaine; ils mangeaient et buvaient modérément, vivaient leur vie quotidienne sans excès ni abus. Moyennant quoi, leur esprit et leur corps restaient en parfaite harmonie l'un avec l'autre; ils pouvaient dépasser la durée moyenne de vie et mouraient à plus de cent vingt ans. Les hommes d'aujourd'hui sont cependant très différents. Ils s'empoisonnent eux-mêmes, remplaçant une vie normale par une vie d'abus, ayant des rapports sexuels alors qu'ils sont ivres. Ils épuisent leur énergie pure par la satisfaction de leurs désirs, perdant leur énergie véritable par des consommations vaines et prolongées. Ils ne réussissent pas à retenir suffisamment d'énergie et à garder un entrain constant, se précipitant sur les satisfactions agréables à leur coeur, au lieu de découvrir le vrai bonheur intérieur, vivant leur quotidien de manière désordonnée. Pour toutes ces raisons, ils ne peuvent durer que la moitié de leur durée de vie.

Les deux voies de La Longue Vie
Il existe selon les taoïstes deux voies essentielles grâce auxquelles l'homme peut vivre la durée normale (plus de cent ans), que l'on appelle longévité: premièrement, en vivant en harmonie avec la nature; deuxièmement, en menant un style de vie modérée. Mais qu'entend-on par exemple naturel de la nature? Cela veut dire tout simplement que, de même qu'il existe des changements réguliers dans la nature, comme les quatre saisons, la pleine lune, la demi-lune, etc., il doit exister des changements réguliers dans notre mode de vie. Par exemple y a des aliments qu'il est bon de consommer au printemps et d'autres qui sont consommables en hiver. C'est observer la règle du Yin et du Yang. Pour l'appliquer, il faut se conduire de manière équilibrée dans notre alimentation et dans notre hygiène de vie en général. Les textes taoïstes précisent aussi que la longévité humaine ne peut être obtenue par la seule purification du corps, une évolution de la conscience est aussi nécessaire. Le Ming, force vitale de la conscience évolutive, doit être purifié par la transformation de l'essence séminale, Jing, en énergie, Qi; le Xing, ou essence d'être innée (la conscience d'être au sens large), est purifié par la transmutation de l'énergie, Qi, en conscience pure, Shen. Alors s'effectue l'union mystique et alchimique des taoïstes qui conduit à la longue vie du sage.

Yang Sheng, Nourrir le principe vital
Les méthodes taoïstes de longévité, nommées Yang Sheng par les anciens taoïstes, incluent l'hygiène de vie quotidienne, celle de l'esprit et des émotions et l'adaptation aux cycles biologiques et climatiques de la nature. Elles se classent en techniques utilisant les forces " internes " de l'homme ou les énergies " externes " de la nature. Les méthodes dites " internes " sont celles qui utilisent les ressources psychophysiologiques de l'être humain. De telle façon que celui-ci produise sa propre énergie curative, ou pour parler l'ancien langage, son propre " élixir de longue vie ". Ces anciennes méthodes peuvent être comparées à certaines écoles modernes, de guérison officielles ou alternatives : autosuggestion, sophrologie, psychanalyse, massage sensitif... Mais elles sont cela et autre chose. Ces méthodes " internes " utilisent certains exercices de respiration, de relaxation, de visualisation et de méditation (au sens asiatique du terme). Les méthodes surnommées " externes " mettent en oeuvre certaines formes de massages, de manipulations et utilisent largement les recettes de la diététique et la phytothérapie millénaires. Le développement de ces pratiques pour  "nourrir la vie " et retarder l'ultime échéance a toujours été associé aux taoïstes et à leur culte de l'immortalité.

Auteur: Gérad Edde
Source: Génération Tao - Février 2007

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Notes:

1. Bodhidharma (Damo en chinois) est un moine bouddhiste qui aurait vécu au 5e-6e siècle de notre ère, probablement originaire du sud de l'Inde. Il est le fondateur légendaire en Chine de l'école Ch'an, courant contemplatif (dhyana) du mahayana, devenue au Japon l’école Zen connue en Occident. L’école Ch'an prétendant remonter au Bouddha, Bodhidharma est considéré comme son 28e patriarche et comme son premier patriarche chinois.

2. Dao De Jing ou Tao Té King : le livre de la Voie et de la Vertu

Origine du Qi Gong

2000 av. JC Danse (chamanique) simulant les mouvements de l'ours (Pas de Yu) par Yu le Grand, le fondateur légendaire de la dynastie Xia.
IIIe siècle av. JC Huang Di Nei Jing, livre racontant les dialogues de l'Empereur Jaune (XXVIIIe siècle av. JC) avec son ministre-médecin.
IIe siècle av. JC Le Classique de Qigong (bannière de soie découvert à Mawangdui en 1973)
110-207 ap JC Le Jeu des cinq animaux de Hua Tuo
VIIe siècle Sur les Causes et Symptômes des Maladies : description de 260 styles de qigong pour traiter plus de 100 maladies.
Vers 1145 Compilation du Canon Taoïste : mouvements et pratiques de méditation pour la santé et la guérison.
Années '1900 Politiques changeantes : illégalité au début du siècle car promotion de la technologie occidentale.
1949 République Populaire de Chine : le qigong est encouragé.
Liu Guizhen (1920 - 1983) enseigne le Neiyang Gong dans des cliniques de l'État.
1953

Fondation de l'Institut de Recherche sur le Qigong de Shanghai.
Certains aspects du zhan zhuang sont introduits à l'Hôpital des Chemins de Fer de Beijing par le professeur Yu Yong Nian, chirurgien dentiste.

1954-55 Liu Guizhen ouvre la première clinique de qigong à Tangshan, province de Hebei. Il connaît des résultats positifs. Le terme qigong est inventé par un groupe de recherche dont il faisait partie.
Wang Xiang Zhai, Chen Chi Wu et Yu Yong Nian font la synthèse des 24 postures thérapeutiques du zhan zhuang.
1956 Diffusion du zhan zhuang dans les hôpitaux chinois.
La clinique de Tangshan déménage à Beidaihe et elle est agrandie. Elle devient le centre de traitement de qigong en Chine.
1957 Liu Guizhen publie deux livres sur le qigong. Sa contribution ne fut pas seulement d'introduire le qigong au grand public mais aussi d'investiguer les méthodes populaires de qigong et de les appliquer en traitement.
1959 Beidaihe, province de Hebei, conférence nationale sur le qigong sous les auspices du Ministère de la Santé Publique.
1960 L'Institut de Médecine Traditionnelle Chinoise nomme Wang Xiang Zhai conseiller afin de promouvoir ses exercices à l'Hôpital de Guang'anmen. Largement répandu dans toute la Chine, le zhan zhuang est classé par le Ministère de la Santé Publique parmi les exercices à généraliser.
1965-1975 Révolution culturelle en Chine. Le qigong est officiellement proscrit.
1970 Début de l'enseignement de madame Guo Lin
Fin des années '70 Le qigong redevient accessible au publique et il est souhaité que la médecine traditionnelle chinoise, la médecine occidentale et le qigong se complètent mutuellement.
1979 Beijing, premier séminaire national de recherche scientifique sur le qigong.
Fondation de l'Institut National de Qigong.
1980 Des chirurgies sont pratiquées sous anesthésie par le qigong. La recherche scientifique est encouragée.
Années '80 Émergence de l'expression "qigong médical".
1981 Fondation de la Société Nationale de Recherche sur le Qigong par l'Association de Médecine Traditionnelle de Chine.
1982 Divers hôpitaux intègrent le qigong dans leur arsenal thérapeutique.
1985 L'Association de la Science du Qigong Chinois est approuvée par le gouvernement.
1986 Parution de rapports de recherche.
1988 Une organisation en charge de la recherche scientifique en Chine, l'Association Chinoise de la Science et de la Technologie, se prononce en faveur du qigong.
Le gouvernement chinois soutient à partir de ce moment des conférences internationales.
Beijing, première conférence mondiale pour l'échange académique sur le qigong médical. Participation de 26 pays et de 450 délégués. Supportée par la Chine, l'Italie, les Etats-Unis, la France, le Japon et l'Australie.
1989 La World Academic Society of Medical Qigong est fondée et soutenue par 23 pays. Elle organise trois congrès mondiaux de 1989 à 1996.
1990 Deux congrès internationaux aux États-Unis dont un à l'Université de Californie à Berkeley.
1997 Trois congrès aux Etats-Unis.
1998 Programme d'entraînement au qigong médical aux Etats-Unis.

 

Références:

Beidaihe Qigong Rehabilitation Hospital of Hebei Province

http://www.chinaqigong.net/english/2.htm, (valide en date du 2002/08/19).

Chinese Traditional Medicine: Methodological Problems and New Perspectives

http://www.giuliaboschi.com/inglese/methodological.html, (valide en date du 2002/08/19).

Dong Paul et Esser Aristide H., Chi Gong, The Ancient Chinese Way to Health, Marlowe & Company, USA, 1990.

Forwards to Chinese Medical Qigong. url : http://www.qigongmedicine.com/Merchant/forwards.html (valide le 2001/04/24).

Lam Kam Chuen, La Voie de l'Énergie, Le Courrier du Livre, France, 1994.

Mackenzie Stewart Jampa, Medical Qigong : A Vital Branch of Oriental Medicine.

url : www.healingtaoinstitute.com/articles/MedicalQigong&TCM.pdf (valide le 2001/04/24).

Mainfort Donald, The Roots of Qi, Ancient texts reveal the origins of qigong, http://www.csicop.org/sb/2000-03/qi.html , (valide en date du 2002/08/19).

Meng Qing, What is the recent history of Qigong in China?

http://www.wujiproductions.com/recent_QG_history.htm , (valide en date du 2002/08/19).

MoraMarco Jacques et Benzel Rick, The Way of Walking, Contemporary Books, USA, 2000.

Tinqyu Fang, The new trend of qigong in China and other countries, Beijing University of Traditional Chinese Medicine 100029, Beijing, China.

http://www.qigong.se/eng/qigong/introqi.html , (valide en date du 2002/08/19).

Uemura Shigeru, L'Essence des Arts Martiaux dans Arts Martiaux Traditionnels d'Asie, Compoméga, France, Décembre 1999/Janvier 2000.

Wang Xiang Zhai, Fondateur de la Boxe Dacheng, http://www.china.org.cn/french/2707.htm

Origine du Qi Gong

Citation

"La pensée se manifeste par une parole, la parole se traduit par un acte, l'acte devient une habitude, et l'habitude se solidifie en caractère.
Alors, observe avec soin la pensée et ses méandres. Et laisse-la jaillir en Amour! Né du souci de tous les êtres, de même que l'ombre suit le corps: tel on pense, tel on devient."
Bouddha Sakyamouni

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