Taïchi Chuan

de Wu Yuxiang1

1. Répandre (fu) : signifie faire circuler le souffle dans son propre corps, le répandre sur l’énergie de l’adversaire, afin qu’il ne puisse pas se mouvoir.

2. Couvrir (gai) : signifie couvrir avec le souffle l’endroit où l’adversaire vient. 

3. S’opposer (dui) : signifie s’opposer avec le souffle à l’endroit où l’adversaire vient et connaître précisément le but à atteindre.

4. Engloutir (dun) : signifie absorber entièrement avec son propre souffle l’énergie de l’adversaire, la faire pénétrer en soi et la transformer.

Ce qui est désigné par ces caractères n’a ni forme ni son. Celui qui n’a pas compris ce qu’est l’énergie et ne l’a pas affinée jusqu’à en tirer la quintessence ne peut connaître le secret de ces quatre caractères. Tout réside uniquement dans le souffle. Seul celui qui peut le nourrir par la rectitude et ne pas le détériorer peut le répartir dans les quatre membres, sur quoi il est inutile de m’expliquer d’avantage.

Le texte ci-dessous est extrait de Zhang Sanfeng he tade Taiji quan de Li Ying-ang, p. 129. Il se trouve avec quelques variantes reproduit dans tous les livres sur le Taiji quan. Des extraits de ce traité sont d’ailleurs cités dans d’autres textes, introduits seulement par “Il est dit dans le traité.” Si grande est sa renommée qu’on l’a attribué à Zhang Sanfeng. Seul le Yangshi Taiji quan donne un autre nom d’auteur : Wu Yuxiang. Pour certains passages obscurs du texte, nous nous sommes appuyé sur les interprétations données oralement par les maîtres et sur les commentaires qui se trouvent dans le Taiji quan fa jingyi.

"Dès le moindre mouvement, le corps entier doit être léger et agile, et toutes ses parties reliées1. Il convient de stimuler le souffle2, de concentrer la puissance spirituelle, de faire en sorte que les mouvements ne présentent aucune rupture, qu’ils n’aient ni creux ni bosse et qu’ils soient sans discontinuité. L’énergie3 prend racine dans les pieds, se développe dans les jambes, est commandée par la taille et se manifeste dans les doigts". Des pieds, aux jambes, à la taille, il faut une unité parfaite4 ; ainsi, vous serez capable, dans l’avance ou le recul, de saisir le bon moment et d’obtenir une position avantageuse. Sinon, le corps sera disloqué, défaut provenant des jambes et de la taille. Ce principe s’applique quelle que soit la direction. Tout cela est une affaire d’intention et non pas une chose extérieure. Le haut ne va pas sans le bas, ni la gauche sans la droite, ni l’avant sans l’arrière ; si l’intention est d’aller vers le haut, placer la pensée vers le bas, tout comme lorsqu’on veut arracher une plante, si l’on y ajoute l’idée de torsion, il est certain que la racine elle-même se rompra et elle sera rapidement détruite5. Il convient de distinguer clairement le “vide” du “plein”. Chaque partie du corps correspond au "vide" ou à la "plénitude". Le corps doit être relié, articulation par articulation, sans la moindre discontinuité".

Par Li Yixu1

1) Calme de l'esprit

Sans le calme de l’esprit il n’y a pas de concentration, et l’exécution du moindre mouvement, que ce soit vers l’arrière, vers la gauche ou vers la droite, est alors désordonnée. Il est donc nécessaire d’avoir l’esprit calme. Au début, n’étant pas capable de guider soi-même le mouvement, il faut apprendre avec tout son être à connaître et suivre les mouvements de l’adversaire. Si l’adversaire se replie, étirez-vous sans perdre le contact avec lui ni le heurter ; ne vous étirez et ne vous contractez jamais de votre propre chef. Si l’adversaire emploie la force, faites de même en le devançant ; s’il ne l’emploie pas, ne l’employez pas non plus, votre pensée le devançant toujours. L’esprit doit être à tout instant attentif et employé là où vient l’attaque. Il faut trouver l’information (à l’intérieur même de la mise en pratique du principe) de ne quitter ni ne heurter l’adversaire. Au bout de six mois à un an d’une telle pratique, on peut l’appliquer à tout le corps. Tout réside dans l’emploi de la pensée créatrice à la place de la force. Avec le temps, il en résulte que ce sont les autres qui sont contrôlés par vous et non vous par les autres.

2) L’agilité

Quand il y a "lourdeur", vous ne pouvez ni avancer ni reculer selon votre idée et avec aisance. C’est pourquoi l’agilité est nécessaire. Aucun mouvement ne doit être gauche. La force musculaire de l’adversaire a à peine effleuré votre peau que votre pensée a déjà pénétré ses os. Les mains forment la défense, un seul souffle relie (le tout). Si l’attaque vient à gauche, “ videz ” votre gauche et esquivez aussi votre droite et vice-versa. Le souffle est comme une roue. Tout le corps doit être en harmonie : si celle-ci manque en certains endroits, le corps devient divisé, désordonné et ne saurait avoir de force. Ce défaut, il faut en chercher la cause dans les jambes et la taille. Il faut d’abord contrôler le corps par l’esprit et suivre l’adversaire au lieu d’agir selon ses propres intentions. Ensuite, quand le corps suit l’esprit, prendre l’initiative consiste encore à suivre l’adversaire. Suivre ses propres intentions mène à l'empêtrement, se conformer à celles de l’autre mène à la vivacité. Si l’on est capable de suivre l’adversaire, les mains ont la capacité d’évaluer. Elles évaluent alors sans la moindre erreur l’importance de l’énergie de l’adversaire et mesurent la distance de son attaque.
Vous pouvez alors avancer ou reculer selon la nécessité. Plus vous vous exercerez longtemps, plus vous pourrez parvenir à la perfection.

Ces dix principes essentiels ont été dictés par Yang Chengfu1 et écrits par Chen Weiming2

1 - Etre vide et agile et maintenir l’énergie au sinciput.

yang-cheng-fu-tirerMaintenir l’énergie au sinciput, c’est tenir la tête bien droite, de sorte que l’énergie spirituelle soit reliée au sinciput. (Ndlr: les sages chinois disent " élever le Shen ", l'esprit). N’employer pas la force musculaire, qui raidirait le cou et gênerait la circulation du sang et du souffle. Que votre esprit soit spontané et agile, car sans l’agilité et le maintien de l’énergie au sinciput, la force vitale ne peut être mise en branle.

2 - Rentrer légèrement la poitrine et étirer le dos

Rentrer la poitrine consiste à la retenir légèrement vers l’intérieur, pour que le souffle descende se concentrer dans le champ de cinabre. Abstenez-vous de bomber le torse, sinon le souffle étant comprimé au niveau de la poitrine, la partie supérieure du corps sera lourde, la partie inférieure légère, et les pieds auront tendance à flotter. Étirer le dos consiste à faire adhérer le souffle au dos. La rentrée de la poitrine entraîne naturellement un étirement du dos, ce qui permet d’émettre la force à partir de l’axe spinal et d’être alors sans rival.

3 - Relâcher la taille

La taille est le maître de tout le corps. Les pieds n’ont de la force et le bassin de l’assise que si l’on est capable de relâcher la taille. Les passages du " plein " au " vide " s’effectuent à partir de mouvements tournants de la taille. C’est pourquoi l’on dit : " La source du commandement est à la taille ". Le manque de force provient de la taille et des jambes.

L'intention (Yi ou pensée créatrice) et le souffle (Qi) sont dans le corps humain sans forme ni couleur et invisibles pour les yeux. Mais il faut savoir que le souffle remplit tout le corps et nourrit le sang. Le souffle est la transformation du feu de la porte de la vie et de l'essence.

Les taoïstes l'appellent l'état d'équilibre entre le feu et l'eau ou encore le Dan intérieur. Il réside et s'accumule dans le Dantian. Les taoïstes l'apprécient extrêmement, alors que les gens estiment ordinairement que le sang est le plus précieux dans le corps humain. En effet, le souffle est plus important que le sang parce que le souffle est principal et le sang est auxiliaire. Si le sang est insuffisant, on peut encore survivre, mais si le souffle vient à manquer on est en péril tout de suite. C'est pourquoi la chose la plus importante c'est de nourrir le souffle. La particularité du Taiji quan1, outre son bienfait pour le corps humain, est de favoriser le développement du souffle.

Le proverbe dit: « On exerce extérieurement les nerfs, les os et la peau; on exerce à l'intérieur une bouchée de souffle ». Quand on pratique le Taiji quan dans le Grand Enchaînement, dans la Dispersion des Mains ou dans le Grand Déplacement, la respiration demeure naturelle, le visage ne change pas de couleur et le souffle emplit tout le corps. On se trouve dans un état plus confortable qu'avant l'exercice; cela montre que l'exercice de Taiji quan est bienfaisant et enrichit le souffle. Quand le souffle est plein, le sang est abondant; quand le sang est abondant, le corps est fort. Si le corps est fort, l'intention est ferme. Quand l'intention est ferme, le corps est vigoureux. Cette vigueur produit la longévité et l'on peut devenir expert. On confond souvent l'intention avec le coeur ou le coeur avec l'intention, mais ils sont différents. Le coeur est le maître de l'intention et l'intention est l'auxiliaire du coeur. Quand le coeur se met en mouvement, l'intention commence. Quand l'intention commence, le souffle la suit. Autrement dit ces trois éléments, le coeur, l'intention et le souffle, sont en interaction. Quand le coeur est dispersé, l'intention est en désordre. Quand l'intention n'est pas concentrée, le souffle est flottant. Au contraire, quand le souffle s'enfonce, l'intention est ferme. Quand l'intention est ferme, le coeur est stable. C'est pourquoi ces trois éléments s'emploient mutuellement et se trouvent dans une relation inséparable. Quand le souffle circule naturellement, il peut activer le sang et en même temps animer l'esprit.